Editorial : Un programme quinquennal pour la France

Nous ne nous étendrons pas sur 2009.

maroisTout a déjà été dit et beaucoup a été fait : la purge du secteur bancaire, rendue nécessaire par les excès en tous genres (crédits “subprime” mal encadrés, titrisation abusive, effort de levier non maitrisé, systèmes de « bonus » pousse-au-crime, etc.) est largement amorcée et devra être relayée par une relance « raisonnable » du crédit à la consommation et du financement des PME. L’assistance aux industries sinistrées (automobile, bâtiment, puis d’autres secteurs, ultérieurement) a commencé à se mettre en place. Ces initiatives, inévitables, auront, bien sûr, un coût, qu’il faut néanmoins accepter, compte-tenu de l’urgence. En cas de force majeure, on doit privilégier les actions prioritaires et la défense de l’emploi (et de la production nationale) en est une.

Au–delà de 2009, la reprise fera sentir progressivement ses effets et la croissance reviendra. Il importera alors de réaliser une véritable réforme de l’Etat dont les modalités ont été décrites maintes fois (je ne reviendrai donc pas sur ce point).

La dette française (Etat+collectivités locales+Sécurité Sociale) va prochainement atteindre 1300 milliards d’euros,

en raison d’une hausse de 6% par an depuis 1980, alors que la production nationale ne s’est accrue que de 2% pendant le même temps.

En 2009, le déficit budgétaire dépassera 60 milliards,

ce qui obligera le gouvernement à emprunter plus de 170 milliards d’euros cette année, compte-tenu des remboursements d’emprunts échus et de la charge financière de l’endettement actuel.

Le financement des retraites et de la santé, représentera 700 milliards en 2020,

et ajoutons pour terminer que la France a dépensé près de 1100 milliards d’argent public en 2008 ! Selon nos calculs, la dette nationale pourrait dépasser les 80% du PIB en 2015.

Pour stopper cette hémorragie, je suggère 2 mesures :

La première serait de limiter le déficit budgétaire, à travers une loi à effet pluriannuel : celui-ci devra diminuer de 0.5% d’une année sur l’autre, lorsque la croissance sera comprise entre 1.5% et 2% (en 2010 si tout va bien) ; le déficit devra diminuer de 1% pour une croissance comprise entre 2% et 2.5% et, mutatis mutandis, de 1.% si la croissance dépasse 2.%.

L’autre mesure concerne les collectivités locales (215 milliards de dépenses en 2008, en forte augmentation depuis plusieurs années). Il faut limiter l’augmentation de leurs dépenses au taux d’inflation, pour les obliger à réduire les gaspillages dont elles font preuve. C’est la seule façon d’éviter que le taux des prélèvements (supérieurs à 44% du PIB) ne continue à augmenter indéfiniment (en particulier, à travers la hausse des impôts locaux), alors que nous sommes déjà à 5 points au–dessus de la moyenne des pays industrialisés.

Faute de quoi, notre déclin deviendra irréversible.

Bernard Marois (Professeur Emeritus HEC)